{"id":3240,"date":"2025-08-01T13:48:15","date_gmt":"2025-08-01T13:48:15","guid":{"rendered":"https:\/\/dev.mackysallfoundation.org\/?p=3240"},"modified":"2025-08-03T13:41:51","modified_gmt":"2025-08-03T13:41:51","slug":"communication-de-sem-lambassadeur-cheikh-niang-ancien-representant-permanent-du-senegal-aupres-des-nations-unies-a-new-york-sur-le-theme-geopolitique-et-securite-mondiale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dev.mackysallfoundation.org\/fr\/communication-de-sem-lambassadeur-cheikh-niang-ancien-representant-permanent-du-senegal-aupres-des-nations-unies-a-new-york-sur-le-theme-geopolitique-et-securite-mondiale\/","title":{"rendered":"Communication de SEM l\u2019Ambassadeur Cheikh Niang, ancien Repr\u00e9sentant Permanent du S\u00e9n\u00e9gal aupr\u00e8s des Nations Unies \u00e0 New York sur le th\u00e8me G\u00e9opolitique et S\u00e9curit\u00e9 mondiale"},"content":{"rendered":"<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><u>INTRODUCTION<\/u><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce th\u00e8me nous confronte \u00e0 deux interrogations majeures :<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>Comment se dessine et \u00e9volue l\u2019ordre mondial sous l\u2019effet des rivalit\u00e9s de puissance, de l\u2019\u00e9rosion du multilat\u00e9ralisme, des transformations structurelles et de la polycrise qui affectent la gouvernance plan\u00e9taire ?<\/li>\n\n\n\n<li>Et quel r\u00f4le l\u2019Afrique peut-elle et doit-elle jouer face aux mutations en cours ?<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces deux interrogations d\u00e9passent largement le cadre de l\u2019actualit\u00e9 imm\u00e9diate. Elles renvoient aux fondements m\u00eames de l\u2019ordre international contemporain, aux impasses croissantes d\u2019un multilat\u00e9ralisme en crise, aux fractures syst\u00e9miques qui traversent nos soci\u00e9t\u00e9s et aux recompositions g\u00e9opolitiques en gestation. Elles appellent une r\u00e9flexion prospective, o\u00f9 la lucidit\u00e9 analytique doit se conjuguer \u00e0 une ambition politique \u00e9clair\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La singularit\u00e9 du moment que nous traversons ne r\u00e9side pas dans l\u2019apparition de crises inh\u00e9rentes \u00e0 toute trajectoire historique mais dans leur conjonction simultan\u00e9e, leur caract\u00e8re structurel et leur profondeur syst\u00e9mique. Le monde est ainsi pass\u00e9 d\u2019une succession de crises isol\u00e9es \u00e0 une&nbsp;<strong>polycrise permanente<\/strong>, nourrie par des ruptures multiples et interconnect\u00e9es, qui d\u00e9sorganisent les \u00e9quilibres \u00e9tablis et fragilisent l\u2019architecture globale de la gouvernance plan\u00e9taire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s lors, il ne saurait \u00eatre question de maintenir \u00e0 tout prix un ordre ancien, dont l\u2019iniquit\u00e9, l\u2019inefficacit\u00e9 et l\u2019essoufflement sont patents. L\u2019enjeu est d\u2019oser penser, et surtout b\u00e2tir, les fondations d\u2019un&nbsp;<strong>nouvel ordre mondial<\/strong>&nbsp;: plus juste dans sa conception, plus \u00e9quitable dans sa repr\u00e9sentation, plus durable dans ses finalit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><u>I. CONSTAT D\u2019UN MONDE FRAGMENT\u00c9, SOUS TENSION, EN QU\u00caTE DE BOUSSOLE<\/u><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>A. Le monde en crise : vers une recomposition g\u00e9opolitique globale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les convulsions g\u00e9opolitiques, \u00e9conomiques et soci\u00e9tales des derni\u00e8res ann\u00e9es qu\u2019il s\u2019agisse de la guerre en Ukraine, de la mont\u00e9e des tensions en Asie orientale, ou encore des perturbations climatiques, \u00e9nerg\u00e9tiques et migratoires traduisent moins des soubresauts conjoncturels que la recomposition profonde des \u00e9quilibres du monde. L\u2019histoire semble s\u2019acc\u00e9l\u00e9rer, fragmentant les certitudes d\u2019hier et d\u00e9stabilisant les piliers sur lesquels reposait l\u2019ordre international d\u2019apr\u00e8s-guerre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce d\u00e9sordre global s\u2019exprime \u00e0 travers une pluralit\u00e9 de&nbsp;<strong>lignes de fracture<\/strong>, qui rendent compte de l\u2019instabilit\u00e9 du monde contemporain :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2022&nbsp;<strong>Une fracture g\u00e9opolitique<\/strong>, marqu\u00e9e par le retour des logiques d\u2019affrontement entre puissances rivales, la r\u00e9surgence de sph\u00e8res d\u2019influence, et une \u00e9rosion manifeste des m\u00e9canismes de s\u00e9curit\u00e9 collective ;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2022&nbsp;<strong>Une fracture \u00e9conomique<\/strong>, avec l\u2019accentuation des in\u00e9galit\u00e9s structurelles entre le Nord et le Sud, dans un contexte de financiarisation croissante, de concentration des richesses, et de dissym\u00e9trie persistante dans les \u00e9changes ;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2022&nbsp;<strong>Une fracture technologique<\/strong>, port\u00e9e par la concentration des savoirs, des plateformes num\u00e9riques et des cha\u00eenes de valeur dans les mains d\u2019un oligopole d\u2019acteurs globaux, \u00e9rigeant l\u2019intelligence artificielle, les donn\u00e9es massives et les infrastructures critiques en nouveaux instruments de domination ;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2022&nbsp;<strong>Une fracture \u00e9cologique<\/strong>, dans laquelle les pays les plus vuln\u00e9rables, notamment ceux d\u2019Afrique, subissent de plein fouet les effets du d\u00e9r\u00e8glement climatique, sans disposer des moyens d\u2019adaptation ni acc\u00e9der aux financements climat promis ;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2022&nbsp;<strong>Une fracture migratoire<\/strong>, aliment\u00e9e par les d\u00e9s\u00e9quilibres d\u00e9mographiques, les conflits, la pr\u00e9carit\u00e9 climatique et l\u2019iniquit\u00e9 des r\u00e9gimes de mobilit\u00e9, exacerb\u00e9e par des politiques de fermeture et de stigmatisation dans les pays d\u2019accueil ;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2022&nbsp;<strong>Une fracture \u00e9nerg\u00e9tique<\/strong>, o\u00f9 la transition vers des mod\u00e8les durables se heurte aux int\u00e9r\u00eats g\u00e9ostrat\u00e9giques, aux d\u00e9pendances anciennes et aux nouvelles rivalit\u00e9s sur les ressources critiques ;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2022&nbsp;<strong>Une fracture alimentaire<\/strong>, avec une vuln\u00e9rabilit\u00e9 croissante des cha\u00eenes d\u2019approvisionnement mondiales, une ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire aigu\u00eb dans de nombreuses r\u00e9gions du Sud, et un d\u00e9s\u00e9quilibre profond entre production, acc\u00e8s et souverainet\u00e9 nutritionnelle ;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2022&nbsp;<strong>Une fracture financi\u00e8re<\/strong>, illustr\u00e9e par la persistance d\u2019une&nbsp;<strong>crise de la dette<\/strong>&nbsp;dans nombre de pays en d\u00e9veloppement, pi\u00e9g\u00e9s dans des cycles d\u2019endettement insoutenables, aggrav\u00e9s par des conditions d\u2019emprunt in\u00e9quitables et un acc\u00e8s restreint aux march\u00e9s internationaux ;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2022&nbsp;<strong>Une fracture institutionnelle<\/strong>, enfin, o\u00f9&nbsp;<strong>la crise du multilat\u00e9ralisme<\/strong>&nbsp;rev\u00eat une acuit\u00e9 particuli\u00e8re. Elle se manifeste par l\u2019essoufflement des forums de gouvernance mondiale, l\u2019affaiblissement du droit international, la paralysie de l\u2019ONU dans la gestion des conflits majeurs, et l\u2019iniquit\u00e9 structurelle des institutions de Bretton Woods, dont l\u2019architecture demeure largement tributaire des rapports de force h\u00e9rit\u00e9s de l\u2019apr\u00e8s-Seconde Guerre mondiale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce contexte fragment\u00e9, le monde appara\u00eet de plus en plus&nbsp;<strong>polycentrique, asynchrone et incertain<\/strong>, priv\u00e9 d\u2019un socle normatif commun et d\u2019une autorit\u00e9 stabilisatrice capable de faire pr\u00e9valoir l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Le mod\u00e8le lib\u00e9ral, longtemps pr\u00e9sent\u00e9 comme le destin naturel des soci\u00e9t\u00e9s modernes, est aujourd\u2019hui \u00e9branl\u00e9 dans ses fondements non seulement par les puissances \u00e9mergentes qui lui opposent des r\u00e9cits alternatifs, mais aussi par les impasses sociales, politiques et \u00e9cologiques qu\u2019il a lui-m\u00eame engendr\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui se joue, en filigrane, c\u2019est une&nbsp;<strong>refonte du syst\u00e8me international<\/strong>, tant dans ses normes que dans ses institutions. C\u2019est une bataille pour la l\u00e9gitimit\u00e9, pour la souverainet\u00e9 cognitive et technologique, pour la justice \u00e9conomique et climatique. L\u2019Afrique, si elle parvient \u00e0 d\u00e9passer les logiques de d\u00e9pendance, \u00e0 penser le monde depuis ses propres ancrages, et \u00e0 se constituer en force de proposition dans les d\u00e9bats globaux, peut y occuper une place singuli\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>B. L\u2019Afrique dans la tourmente mondiale : entre vuln\u00e9rabilit\u00e9s et enjeux strat\u00e9giques<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce paysage mondial en recomposition,&nbsp;<strong>l\u2019Afrique se tient au carrefour des secousses du si\u00e8cle<\/strong>, expos\u00e9e de mani\u00e8re aigu\u00eb \u00e0 la superposition des crises globales : crise climatique, crise migratoire, crise \u00e9nerg\u00e9tique, crise alimentaire, crise de la dette, crise de la gouvernance mondiale. Elle est \u00e0 la fois&nbsp;<strong>le miroir grossissant des vuln\u00e9rabilit\u00e9s de l\u2019ordre international<\/strong>&nbsp;et&nbsp;<strong>le th\u00e9\u00e2tre d\u2019un regain d\u2019int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques<\/strong>, o\u00f9 se croisent les ambitions des anciennes puissances, les vis\u00e9es expansionnistes des \u00e9mergents, et les injonctions contradictoires des institutions multilat\u00e9rales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais cette exposition accrue ne s\u2019est pas traduite, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, par un v\u00e9ritable renversement des asym\u00e9tries de pouvoir. L\u2019Afrique continue d\u2019\u00eatre&nbsp;<strong>l\u2019un des continents les plus marginalis\u00e9s dans les instances d\u00e9cisionnelles internationales<\/strong>, \u00e0 commencer par le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations unies ou les conseils d\u2019administration des institutions de Bretton Woods, dont les r\u00e8gles de repr\u00e9sentativit\u00e9 restent ancr\u00e9es dans les rapports de force de l\u2019apr\u00e8s-guerre. M\u00eame lorsque le discours reconna\u00eet le poids d\u00e9mographique, \u00e9conomique ou symbolique du continent,&nbsp;<strong>le pouvoir r\u00e9el celui de fixer l\u2019agenda, d\u2019imposer des normes, de bloquer ou d\u2019orienter les d\u00e9cisions lui \u00e9chappe encore largement<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce paradoxe appelle une&nbsp;<strong>mutation des paradigmes<\/strong>. Il ne suffit plus d\u2019\u00eatre invit\u00e9, visible, ou m\u00eame c\u00e9l\u00e9br\u00e9 : l\u2019enjeu est de devenir&nbsp;<strong>partie prenante<\/strong>. Il ne suffit plus de r\u00e9agir ou de plaider ; il faut&nbsp;<strong>anticiper, structurer, construire et imposer une pens\u00e9e strat\u00e9gique autonome<\/strong>, qui affirme la l\u00e9gitimit\u00e9 africaine \u00e0 participer \u00e0 l\u2019\u00e9criture du droit international, \u00e0 red\u00e9finir les priorit\u00e9s globales, \u00e0 orienter les flux financiers, et \u00e0 incarner une autre voie de d\u00e9veloppement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette transformation implique&nbsp;<strong>trois ruptures fondamentales<\/strong>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1.&nbsp;<strong>Rupture cognitive<\/strong>, d\u2019abord : il s\u2019agit de sortir du regard ext\u00e9rieur qui a longtemps fa\u00e7onn\u00e9 la place de l\u2019Afrique dans le monde regard mis\u00e9rabiliste, compassionnel ou utilitariste pour imposer une vision propre, enracin\u00e9e dans les r\u00e9alit\u00e9s africaines, mais capable de parler au monde. Cela passe par une r\u00e9habilitation des savoirs endog\u00e8nes, par l\u2019\u00e9mergence d\u2019une pens\u00e9e strat\u00e9gique africaine, et par la conqu\u00eate des espaces de production intellectuelle, scientifique et culturelle mondiaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2.&nbsp;<strong>Rupture institutionnelle<\/strong>, ensuite : le continent ne peut continuer \u00e0 n\u00e9gocier morcel\u00e9, \u00e0 parler d\u2019une voix dissonante, ou \u00e0 d\u00e9l\u00e9guer ses leviers d\u2019influence \u00e0 des acteurs ext\u00e9rieurs. Il lui faut renforcer ses institutions r\u00e9gionales et continentales, mutualiser ses capacit\u00e9s diplomatiques, et b\u00e2tir&nbsp;<strong>des coalitions de propositions<\/strong>, capables d\u2019influencer les grandes n\u00e9gociations qu\u2019il s\u2019agisse du climat, de la dette, du commerce, ou de la gouvernance num\u00e9rique. Cela suppose \u00e9galement une diplomatie plus agile, plus professionnelle, plus prospective.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3.&nbsp;<strong>Rupture \u00e9thique<\/strong>, enfin : pour \u00eatre cr\u00e9dible, l\u2019Afrique doit \u00eatre exemplaire. Dans un monde en crise de confiance, les pays qui sauront allier&nbsp;<strong>int\u00e9grit\u00e9 interne et ambition externe<\/strong>, qui placeront l\u2019int\u00e9r\u00eat collectif au-dessus des logiques client\u00e9listes ou extractives, seront les mieux \u00e0 m\u00eame de s\u2019imposer. Il faut que l\u2019Afrique devienne non seulement audible, mais aussi d\u00e9sirable, en incarnant&nbsp;<strong>une autre mani\u00e8re de faire, d\u2019exercer le pouvoir, de penser le futur<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 cette condition que l\u2019Afrique cessera d\u2019\u00eatre l\u2019objet de discours sur l\u2019avenir, pour devenir&nbsp;<strong>le sujet actif de son propre destin et un contributeur d\u00e9cisif \u00e0 l\u2019avenir du monde<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><u>II. LES FRONTS PRINCIPAUX O\u00d9 L\u2019AFRIQUE DOIT S\u2019AFFIRMER<\/u><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>A. Paix et s\u00e9curit\u00e9 : de la d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019appropriation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans un contexte marqu\u00e9 par l\u2019essoufflement manifeste des dispositifs internationaux de s\u00e9curit\u00e9 souvent per\u00e7us comme d\u00e9sincarn\u00e9s, inop\u00e9rants ou empreints de logiques exog\u00e8nes,&nbsp;<strong>l\u2019Afrique ne peut plus d\u00e9l\u00e9guer sa stabilit\u00e9 \u00e0 des m\u00e9canismes qui la contournent, l\u2019infantilisent ou l\u2019instrumentalisent<\/strong>. L\u2019urgence commande une r\u00e9orientation doctrinale profonde vers&nbsp;<strong>une architecture s\u00e9curitaire r\u00e9ellement africaine<\/strong>, fond\u00e9e sur une lecture endog\u00e8ne des dynamiques de conflit, des ressorts de la r\u00e9conciliation et des leviers de paix durable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela implique, en premier lieu,&nbsp;<strong>le renforcement op\u00e9rationnel, juridique et politique de l\u2019Architecture africaine de paix et de s\u00e9curit\u00e9 (AAPS)<\/strong>, dont les principes doivent \u00eatre non seulement consolid\u00e9s, mais incarn\u00e9s par des capacit\u00e9s concr\u00e8tes d\u2019intervention, de m\u00e9diation et de suivi. En second lieu, il convient de forger&nbsp;<strong>une doctrine africaine partag\u00e9e du r\u00e8glement des diff\u00e9rends<\/strong>, avec les exigences contemporaines de l\u00e9galit\u00e9, de responsabilit\u00e9 et de droits humains.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, l\u2019Afrique doit assumer&nbsp;<strong>une autonomie strat\u00e9gique<\/strong>&nbsp;dans les processus de n\u00e9gociation et de sortie de crise. La marginalisation de l\u2019Union africaine dans la gestion des conflits du continent au profit de formats parall\u00e8les, dict\u00e9s par des puissances ext\u00e9rieures ou des coalitions informelles, doit inqui\u00e9ter. Elle r\u00e9v\u00e8le l\u2019imp\u00e9ratif de&nbsp;<strong>rompre avec les r\u00e9flexes d\u2019assistanat s\u00e9curitaire<\/strong>, pour b\u00e2tir&nbsp;<strong>une gouvernance africaine de la paix<\/strong>, enracin\u00e9e dans les traditions juridiques, philosophiques et politiques du continent, et capable de peser de mani\u00e8re souveraine sur l\u2019agenda s\u00e9curitaire mondial.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>B. \u00c9conomie et finance : vers une souverainet\u00e9 strat\u00e9gique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Face \u00e0 un ordre \u00e9conomique mondial largement h\u00e9rit\u00e9 de l\u2019apr\u00e8s-guerre, dont les m\u00e9canismes perp\u00e9tuent une hi\u00e9rarchie in\u00e9quitable entre les nations,&nbsp;<strong>l\u2019Afrique doit se positionner non comme requ\u00e9rante, mais comme co-architecte d\u2019une refondation syst\u00e9mique<\/strong>. La crise multidimensionnelle actuelle offre un moment propice pour contester la l\u00e9gitimit\u00e9 des r\u00e8gles qui r\u00e9gissent aujourd\u2019hui la dette, la notation du risque, les droits de tirage sp\u00e9ciaux et l\u2019acc\u00e8s aux ressources de d\u00e9veloppement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette refondation appelle, d\u2019une part,&nbsp;<strong>une r\u00e9forme structurelle des institutions de Bretton Woods<\/strong>, dont les instruments demeurent inadapt\u00e9s aux d\u00e9fis sp\u00e9cifiques du continent. Elle requiert, d\u2019autre part,&nbsp;<strong>une d\u00e9nonciation claire et articul\u00e9e des biais syst\u00e9miques<\/strong>&nbsp;dans l\u2019\u00e9valuation du risque souverain, lesquels p\u00e9nalisent injustement les \u00e9conomies africaines, accentuent leur vuln\u00e9rabilit\u00e9, et les privent des capitaux n\u00e9cessaires \u00e0 leur transformation structurelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est crucial, \u00e0 cet \u00e9gard,&nbsp;<strong>de renforcer les institutions financi\u00e8res africaines<\/strong>, tant r\u00e9gionales que continentales, et d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer&nbsp;<strong>la cr\u00e9ation d\u2019agences de notation africaines ind\u00e9pendantes<\/strong>, capables d\u2019offrir une lecture contextualis\u00e9e, rigoureuse et \u00e9quitable des trajectoires \u00e9conomiques nationales. Le plaidoyer fort r\u00e9ussi du Pr\u00e9sident Macky Sall pendant sa pr\u00e9sidence de l\u2019Union africaine, notamment son plaidoyer en faveur d\u2019une r\u00e9forme des Droits de tirage sp\u00e9ciaux, de l\u2019inclusion de l\u2019Afrique comme membre du G20 et d\u2019un \u00e9largissement de la gouvernance des institutions financi\u00e8res internationales, constitue&nbsp;<strong>un jalon essentiel qu\u2019il convient de transformer en dynamique collective<\/strong>. Car seule une mobilisation unie, coh\u00e9rente et strat\u00e9gique des \u00c9tats africains pourra infl\u00e9chir les lignes de force d\u2019un syst\u00e8me \u00e9conomique profond\u00e9ment asym\u00e9trique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>C. Climat et justice environnementale : une cause existentielle<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L\u2019Afrique incarne \u00e0 la fois la ligne de front de la catastrophe climatique et l\u2019angle mort des d\u00e9cisions globales<\/strong>. Responsable de moins de 4 % des \u00e9missions cumul\u00e9es de gaz \u00e0 effet de serre, elle en subit pourtant les cons\u00e9quences les plus extr\u00eames d\u00e9sertification acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e, stress hydrique, ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire, d\u00e9placements massifs de populations. Cette injustice historique et structurelle impose&nbsp;<strong>une rupture radicale avec le statu quo des n\u00e9gociations climatiques<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9sormais, il ne s\u2019agit plus de participer tardivement aux d\u00e9bats mondiaux, mais de&nbsp;<strong>prendre l\u2019initiative et d\u2019en red\u00e9finir les termes<\/strong>. Ce combat suppose, en premier lieu,&nbsp;<strong>l\u2019obtention de financements climatiques \u00e0 la hauteur des besoins r\u00e9els<\/strong>, lib\u00e9r\u00e9s des conditionnalit\u00e9s opaques et des proc\u00e9dures paralysantes qui ralentissent les flux. En second lieu,&nbsp;<strong>des transferts technologiques \u00e9quitables<\/strong>&nbsp;doivent \u00eatre exig\u00e9s, dans un cadre de partenariat, non de subordination.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Surtout, l\u2019Afrique doit se projeter comme&nbsp;<strong>un acteur strat\u00e9gique de la transition \u00e9nerg\u00e9tique mondiale<\/strong>, en valorisant ses gisements solaires, hydrauliques et g\u00e9othermiques pour b\u00e2tir une souverainet\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique verte. La D\u00e9claration de Nairobi, en appelant \u00e0 une fiscalit\u00e9 carbone mondiale plus juste et \u00e0 des m\u00e9canismes innovants de financement, ouvre une voie qu\u2019il faut d\u00e9sormais&nbsp;<strong>institutionnaliser, amplifier, et int\u00e9grer dans une vision climatique panafricaine<\/strong>, port\u00e9e par des leaders unis, outill\u00e9s et ambitieux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>D. Savoirs et souverainet\u00e9 intellectuelle : le socle invisible<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aucune souverainet\u00e9 r\u00e9elle ne peut s\u2019affirmer sans&nbsp;<strong>une assise intellectuelle solide, continue et d\u00e9colonis\u00e9e<\/strong>. Dans un monde o\u00f9 les r\u00e9cits fa\u00e7onnent autant que les rapports de force mat\u00e9riels,&nbsp;<strong>l\u2019Afrique ne peut plus se contenter de consommer des normes, des cat\u00e9gories et des mod\u00e8les forg\u00e9s ailleurs<\/strong>. Elle doit devenir&nbsp;<strong>un centre de production de sens<\/strong>, un foyer de pens\u00e9e, un espace de projection conceptuelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela commence par&nbsp;<strong>une r\u00e9invention profonde des politiques d\u2019\u00e9ducation, de recherche et de formation<\/strong>, qui ne sauraient se limiter \u00e0 r\u00e9pondre aux injonctions du march\u00e9 du travail global, mais doivent viser la capacitation civique, critique et strat\u00e9gique des g\u00e9n\u00e9rations futures. L\u2019enjeu est de&nbsp;<strong>forger non seulement des comp\u00e9tences, mais des consciences<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faut \u00e9galement inscrire le continent dans&nbsp;<strong>la fabrique des normes internationales<\/strong>, qu\u2019elles soient juridiques, \u00e9thiques, technologiques ou culturelles. Cela passe par la mobilisation des diasporas intellectuelles, la revitalisation des universit\u00e9s africaines, et la construction d\u2019espaces de savoirs pluriels o\u00f9 les sciences sociales critiques et les \u00e9pist\u00e9mologies alternatives africaines dialoguent et proposent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Car&nbsp;<strong>penser est une forme de souverainet\u00e9<\/strong>, et&nbsp;<strong>celui qui ne pense pas pour lui-m\u00eame sera pens\u00e9 par d\u2019autres<\/strong>. Investir dans les intelligences africaines, c\u2019est non seulement r\u00e9pondre aux d\u00e9fis du si\u00e8cle, mais y inscrire&nbsp;<strong>une parole africaine authentique, courageuse et contributive<\/strong>, capable de proposer au monde un nouvel humanisme, nourri de m\u00e9moire, de r\u00e9sistance et d\u2019avenir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><u>CONCLUSION<\/u><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En d\u00e9finitive, r\u00e9pondre \u00e0 la question \u00ab O\u00f9 va le monde ? \u00bb revient, en derni\u00e8re instance, \u00e0 sonder la part de ma\u00eetrise que l\u2019humanit\u00e9 conserve sur son propre destin. Car le monde n\u2019ob\u00e9it pas \u00e0 une fatalit\u00e9 aveugle : il va l\u00e0 o\u00f9 des volont\u00e9s collectives, structur\u00e9es et persistantes, le conduisent. Il refl\u00e8te la somme des choix politiques, des inerties historiques, des rapports de force assum\u00e9s ou subis, et des imaginaires projet\u00e9s par ceux qui osent encore penser l\u2019avenir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s lors, la v\u00e9ritable interrogation n\u2019est pas tant celle d\u2019un futur abstrait que celle de notre place dans l\u2019\u00e9criture de ce futur. \u00c0 nous, Africains, de faire en sorte que l\u2019histoire mondiale ne se fasse ni sans nous, ni contre nous. Car trop souvent, nous avons \u00e9t\u00e9 situ\u00e9s au croisement des trajectoires impos\u00e9es par d\u2019autres, r\u00e9duits au statut d\u2019objets dans une narration dont nous ne d\u00e9tenions ni le script, ni la voix.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Refuser cette marginalit\u00e9, c\u2019est revendiquer une posture de sujet historique \u00e0 part enti\u00e8re. C\u2019est affirmer que nous ne sommes pas condamn\u00e9s \u00e0 l\u2019assignation g\u00e9opolitique, au r\u00f4le passif d\u2019arbitre silencieux des conflits d\u2019autrui, ou de spectateurs \u00e9mus des grandes conf\u00e9rences internationales. Notre g\u00e9n\u00e9ration porte la responsabilit\u00e9 de rompre avec l\u2019h\u00e9ritage de r\u00e9signation, de revendiquer notre droit \u00e0 influencer le cours des choses, \u00e0 orienter les normes, \u00e0 contribuer \u00e0 l\u2019architecture d\u2019un monde plus juste, plus solidaire, plus durable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela exige de passer du discours \u00e0 la strat\u00e9gie, de la pr\u00e9sence \u00e0 la puissance, de la participation \u00e0 la proposition. L\u2019Afrique n\u2019a pas vocation \u00e0 devenir le th\u00e9\u00e2tre perp\u00e9tuel des grandes rivalit\u00e9s mondiales : elle doit se hisser au rang d\u2019acteur normatif, de p\u00f4le de stabilit\u00e9, d\u2019architecte de solutions globales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La boussole du monde n\u2019est pas fig\u00e9e. Encore faut-il que nous osions y inscrire notre cap, avec lucidit\u00e9, constance et courage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Carrefour des Savoirs incarne une ambition essentielle : celle d\u2019un continent qui ne se contente plus de subir le monde, mais qui le pense, le questionne, le fa\u00e7onne. Il mat\u00e9rialise cette volont\u00e9 de faire \u00e9merger, depuis l\u2019Afrique, des espaces de r\u00e9flexion \u00e0 la hauteur des enjeux globaux, et de nourrir l\u2019action publique par l\u2019intelligence collective.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019initiative port\u00e9e par le Pr\u00e9sident Macky Sall, \u00e0 travers sa fondation, m\u00e9rite \u00e0 cet \u00e9gard d\u2019\u00eatre salu\u00e9e. Elle se pr\u00e9sente comme un trait d\u2019union f\u00e9cond entre la pens\u00e9e et l\u2019action, entre l\u2019Afrique et le monde, entre la m\u00e9moire des combats pass\u00e9s et les strat\u00e9gies pour les d\u00e9fis \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il convient \u00e9galement de rendre hommage \u00e0 l\u2019engagement du Ministre Oumar Demba Ba, dont la vision et la constance ont permis l\u2019\u00e9mergence de cette agora intellectuelle. C\u2019est en de tels lieux, \u00e0 la fois rigoureux et ouverts, que peuvent se dessiner les boussoles de demain celles d\u2019une Afrique actrice de son destin, et contributrice d\u2019un ordre mondial plus lucide et plus juste.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>INTRODUCTION Ce th\u00e8me nous confronte \u00e0 deux interrogations majeures : Ces deux interrogations d\u00e9passent largement le cadre de l\u2019actualit\u00e9 imm\u00e9diate. 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